Pour Hélène Guessant (*), qui anime le club des trésoriers des moyennes entreprises au sein de l’AFTE, il y a encore beaucoup à faire pour que l’ensemble de l’entreprise comprenne bien les enjeux d’une bonne trésorerie. Même s’il y a eu des progrès depuis 2008….
New-CFO : Pourquoi avoir créé un « club » des moyennes entreprises au sein d’une association de trésoriers ?
Hélène Guessant, club des moyennes entreprises de l’AFTE : L’AFTE (*) rassemble surtout, historiquement, des grandes entreprises. Cela correspond d’ailleurs au profil majoritaire du trésorier en France. Cela n’empêche pas de nombreuses organisations, de taille plus réduite, de disposer, elles-aussi, d’un ou d’une petite équipe de professionnels dans ce domaine.
Mais à la différence de ses confrères dans les grands comptes, le trésorier dans les ETI se retrouve souvent isolé, il est seul réel spécialiste de son domaine. Pour partager sur son coeur de métier et ses évolutions (réglementations émergentes, nouvelles normes techniques, benchmark, pratiques de marché,…) il doit aller chercher ces informations à l’extérieur…. C’est pourquoi nous avons créé ce groupe au sein de l’AFTE pour favoriser les échanges d’expériences. Nous accueillons également des DAF d’ETI plus particulièrement intéressés par des problématiques de trésorerie et de financements. Sur la trentaine d’adhérents AFTE plus particulièrement inscrits au club, une quinzaine assiste très régulièrement à nos réunions.
New-CFO : Pour aborder quels sujets en priorité ?
Hélène Guessant : Nous organisons en particulier le suivi de la mise en œuvre des outils informatiques dans nos environnements. Ainsi, nous nous réunissons le 31 janvier prochain pour un témoignage d’un responsable trésorerie sur un des logiciels de gestion de trésorerie au quotidien. Le partage d’expériences porte aussi sur les relations avec les banques, qui participent parfois à des conférences plénières (par exemple sur la migration SEPA en 2011 ou sur les financements le 12 avril prochain). Nous effectuons aussi de la veille sur des thèmes techniques comme la gestion du risque de change, la centralisation des flux, la signature électronique, pour citer les thèmes des dernières réunions…
Les évolutions dans la monétique, la montée en puissance des normes comptables IFRS ou la mise en oeuvre de SEPA sont autant de sujets transversaux qui nous préoccupent également beaucoup.
New-CFO : Au fond, à l’instar du maire d’une petite collectivité qui doit maîtriser de très nombreux dossiers, le trésorier d’une PME, qui agit en solo, a également beaucoup de responsabilités ?
Hélène Guessant : C’est bien cela qui rend le métier passionnant. A condition d’atteindre la taille critique, qui correspond à mon avis à la possibilité de mettre en place des financements, de lancer des opérations de marché, donc d’organiser une gestion du risque et d’avoir une vue globale des mécanisme de génération de cash de l’entreprise…
New-CFO : Est-ce que le trésorier en PME est bien écouté et bien compris des autres directions et du management ?
Hélène Guessant : Ah, la diffusion de la culture cash…Cela reste un challenge en France. Les pays anglo-saxons gardent de l’avance sur nous dans ce domaine.
Nous pouvons tout de même nous réjouir que les responsables et les opérationnels, depuis quelques années et avec évidemment une accélération depuis la crise de 2008, aient commencé à considérer d’autres chiffres et d’autres indicateurs que les seuls P&L. Il faut dire que l’augmentation des faillites de créanciers a bien contribué à la prise de conscience.
A l’inverse, le trésorier doit entretenir et même développer sa connaissance des métiers de l’entreprise. Il ne peut pas se contenter d’être un spécialiste des chiffres, des financements et des placements.
New-CFO : Êtes-vous, à l’instar de ce que nous disait le consultant José Teixeira, engagé dans des mouvements de centralisation ?
Hélène Guessant : Dans les grandes PME, il y a certes des filiales, parfois nombreuses. Mais très rarement des trésoriers dans chacune d’entre elles, plutôt des responsables financiers multi-casquettes (comptabilité, contrôle de gestion et trésorerie). La question de la centralisation ne se pose donc pas de la même façon que dans les grands groupes, où la politique de gestion de trésorerie est relayée en local. Il faut, dans les sociétés comme les nôtres, d’abord convaincre et expliquer aux responsables financiers locaux les tenants et les aboutissants pour mettre en place par exemple une centralisation de trésorerie.
Dans la PME, la « centralisation » va également porter sur les bonnes pratiques, et leur diffusion auprès des comptables ou des DAF dans les filiales, qui seront ses interlocuteurs. Outre les relations bancaires locales, la gestion du cash et du risque de change, les sujets peuvent également être le suivi des créanciers et des délais de paiement par exemple.
New-CFO : En ce mois de janvier, quelle est votre préoccupation majeure pour l’année ?
Hélène Guessant : Incontestablement, l’assèchement du crédit et donc les difficultés de financement qui en découlent, vont marquer les prochains mois. Avec ce paradoxe que les banques, à l’inverse, ne se privent pas de relancer les entreprises avec des placements leur permettant d’améliorer leurs ratios Bâle III.
New-CFO : Le circuit est mieux ouvert dans un sens que dans l’autre!
Hélène Guessant : Les relations des PME avec les banques sont forcément plus compliquées que pour les grands comptes. Nous disposons d’un pouvoir de marché plus faible. Par exemple, il y a eu, ces derniers mois, une baisse des commissions payées par les banques sur les cartes. Alors que les plus grands clients se sont vus proposer des rétrocessions de ces baisses quasi spontanément, il a fallu que les plus petits aillent « au charbon » pour négocier un traitement équivalent. C’est aussi l’intérêt de ce club que de pouvoir partager ces expériences.
(*) Comme ses confrères du Club, Hélène Guessant occupe un poste opérationnel de trésorière dans une grande PME française.
(**) www.afte.




Pingback: Culture cash et trésorier d’entreprise | Mondial Infos