10 ans de télétravail : plus de productivité, moins d’agences, moins de carbone… et plus de voitures !

FJ - 14/09/2011

SGS France, 10 ans d'expérience du télétravail

Pour faire face aux 35 heures, la direction de SGS France (*) décide en 2000 d’encourager le télétravail de ses techniciens itinérants. Dix ans plus tard, le bilan est positif sur le plan de la productivité comme sur celui de l’environnement. Mais si 51% des collaborateurs ont opté pour cette organisation du travail, sous les applaudissements de la DAF, celle-ci n’en a pas fait une priorité pour ses propres équipes. Double rencontre avec le DRH et le DAF de l’entreprise.

New-CFO : Le groupe SGS France a massivement adopté le télétravail. Cela a-t-il pris beaucoup de temps ?

Francis BERGERON, DRH de SGS France

Francis Bergeron, DRH de SGS France : Nous atteignons effectivement un taux important de 51% de collaborateurs en télétravail, sur un potentiel de 60% environ, pour un nombre total de 2550 collaborateurs en France. Pour en arriver là, il a fallu dix ans. Il faut reconnaître que la nature de notre activité (*), à savoir l’inspection, l’analyse et la certification sur sites industriels, se prête plutôt bien à cette organisation du travail. Et il faut préciser que nos techniciens sont au moins aussi « nomades » et itinérants que télétravailleurs. Ils ne passent pas toute leur journée à leur domicile. Ils sont très souvent en mission, chez les clients. Simplement, ils ne passent presque plus par les agences pour transmettre les résultats de leurs mesures, ni au siège pour assister à des réunions.

New-CFO : Dix ans ? C’est un recul intéressant dont disposent encore peu d’entreprises, la plupart d’entre elles ayant surtout réagi après la signature de l’ANI en 2006. Quel a été le déclencheur d’une telle initiative ?

Francis Bergeron : Les lois Aubry en 2000 et le passage aux 35 heures. Nous avons été confrontés à la nécessité de repenser fondamentalement l’organisation du travail, dans la mesure où nos collaborateurs passaient un temps rémunéré très conséquent dans des trajets entre les sites clients et les agences de SGS.

Michel CSANKI, DAF de SGS France

Michel Csanki, DAF de SGS France : Très concrètement, nous avions alors calculé qu’à configuration égale, le passage aux 35 heures allait nous faire perdre 6 millions d’euros de résultat d’exploitation. Voilà pourquoi nous avons décidé d’investir dans un parc automobile très conséquent, et dans des équipements informatiques permettant à nos collaborateurs de travailler facilement chez eux, notamment d’envoyer des documents à leurs agences.

New-CFO : Vous louez ou possédez donc plus de 1000 véhicules – et accessoirement, autant d’ordinateurs portables. Le passage au télétravail dans ces conditions ne parait pas vraiment économique. Vos calculs initiaux se sont-ils confirmés ?

Michel Csanki : Non seulement nos prévisions – qui intégraient principalement des économies sur les temps de transport – ont été vérifiées, mais nous avons eu de bonnes surprises. La plus importante, c’est l’augmentation globale de la productivité et de la qualité du travail. Mais aussi la baisse continue du prix des équipements informatiques et télécoms. La cerise sur le gâteau, c’est la diminution du coût de notre flotte automobile sur dix ans, en particulier quand on la compare au renchérissement du coût du travail.

New-CFO : Comment cela ?

Michel Csanki : D’une certaine manière, nous avons déporté sur nos équipements automobiles une partie du coût du travail, celle qui était consacrée aux déplacements « improductifs » de nos collaborateurs. Et comme cette partie voit son coût diminuer, nous sommes encore plus gagnants.

Francis Bergeron : Il y a eu d’autres progrès notables. Nous avons par exemple des techniciens qui doivent inspecter des bateaux lorsqu’ils sont présents dans les ports, ce qui implique une disponibilité 24/24 et 7/7. Auparavant, nous avions un système d’astreinte et même des salles de repos où ils attendaient les instructions. Désormais, ils n’effectuent plus que des trajets domicile –site client. En fermant ces salles, mais aussi dans certains cas, des agences, nous avons donc aussi économisé sur notre parc immobilier…

New-CFO : Concernant la sécurité et la confidentialité des échanges, le bilan est-il aussi bon ?

Francis Bergeron : Nous n’avons pas connu de souci depuis 10 ans. Grâce en partie à notre charte éthique et à notre charte informatique. Grâce aussi à la qualité de nos protections, notamment celles qui vérifient les accès à nos bases clients. Enfin, il faut reconnaître que les informations que nous échangeons ne sont pas hautement critiques.

New-CFO : La DAF est-elle sensible à ces avantages au point de compter elle-même des télétravailleurs dans ses rangs ?

Michel Csanki : Nous avons à la Direction Financière plutôt des salariés en temps partiel que des télétravailleurs. Mais cette situation n’est pas due à des craintes sur la sécurité des transactions. D’ailleurs la plupart des documents échangés avec les collaborateurs le sont sous forme dématérialisée, et transitent donc par les réseaux.

La raison de l’absence de télétravailleurs dans ma direction vient plutôt de ce que les tâches accomplies sont peu répétitives, et donc peu aisées à transférer depuis un poste sédentaire au siège. En clair, nous aurions une perte de productivité. La remarque vaut aussi pour les cadres, qui travaillent bien sûr parfois de leur domicile, mais ne peuvent être considérés comme de purs « télétravailleurs ».

New-CFO : Vous êtes des pionniers du télétravail, à la fois sur le plan historique mais aussi sur le plan des résultats obtenus. Que pensez-vous du retard français en la matière ?

Francis Bergeron : Il reste sans aucun doute d’anciennes préventions concernant le contrôle des collaborateurs. Nous avions de l’avance, dans la mesure où nos équipes sont, par leur métier même, très autonomes.

Nous continuons de cultiver cette avance, toujours grâce aux outils informatiques. Par exemple, nous venons de réorganiser complètement les circuits de nos commerciaux dans la branche automotive, en utilisant un logiciel de géo-marketing pour optimiser leurs déplacements et les emplacements des agences régionales. Le résultat est doublement spectaculaire. D’une part nous avons pu renforcer l’action commerciale en remplaçant du temps de déplacement par du temps de visite clients. D’autre part les commerciaux, qui sont vous le savez très sensibles à tout changement risquant d’impacter la part variable de leur rémunération, n’ont rien trouvé à redire et ont apprécié la diminution du temps passé sur la route.

Michel Csanki : Ce sont des arguments conséquents, auxquels s’ajoutent des avantages environnementaux significatifs liés aux masses d’équivalent carbone économisées. Notre Service Développement Durable effectue régulièrement des bilans, qui nous montrent que nous « gagnons » ainsi 300 à 400 tonnes par an…

New-CFO : C’est à dire, selon les critères de l’ADEME (**), 300 à 400 aller-retour Paris-New York en avion. Impressionnant !

Michel Csanki : Vous trouvez ? En tous cas, financièrement, les équivalences ne sont pas au rendez-vous, car la tonne d’équivalent carbone n’est « achetée » à la « bourse carbone » (***) que 15 à 30 euros la tonne, (soit 100 fois moins que le billet d’avion en question, NDLR). L’objectif recherché est ici moins économique qu’environnemental.

Au fond, pour « mesurer » le succès de l’opération, le plus simple est sans doute que, depuis dix ans, pas un seul des nouveaux télétravailleurs n’a demandé à revenir en arrière… !

(*) SGS (www.fr.sgs.com) : Née en France (à Rouen) en 1878 et devenue suisse en 1919, la SGS a pour métier la vérification, les contrôles, les analyses et la certification. Avec 67 000 collaborateurs, dont 2550 en France, elle est leader mondial de ce secteur.
(**) ADEME (www.ademe.fr) : Agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie
(***) http://ec.europa.eu/clima/policies/ets/oversight_en.htm






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Dernières réactions

  1. 14/09/2011 - Samuel

    Bonsoir,

    Ce cas concret est très intéressant en ce qu’il démontre bien les effets bénéfiques du passage au télétravail. Il est en revanche un peu biaisé dans la mesure où il traite principalement de postes s’adaptant bien aux exigences du télétravail avec de fréquents déplacements. Toujours est-il que ce genre de pratique est à mon avis voué à se démocratiser car il répond parfaitement aux attentes des entreprises. On remarque d’ailleurs que de plus en plus de télécentres ou de centres d’affaires ouvrent leurs portes et que des services annexes se développent comme des sites qui font la liste des espaces de travail adaptés aux nomades (essayez http://www.eworky.com), ce qui semble démontrer que cette démarche est promise à un bel avenir.



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